OFFICIAL BULLETINOF THE EXPOSITION of 1889 SUBSCRIPTIONS FOR THE DURATION OF THE EXPOSITIONParis and Departments.......................... 20 fr.Overseas, the transportation add. Printed in the exhibition in the Galerie des Machines, under the eyes of public(CLASS 58) Classifieds.................................................... the line3 fr.Advertisements..................................................... ---- 5 "Various facts................................................ ---- 10 " Classifieds are received at the offices of the Journal, and London,Seymour M. Wade, Blomfield House, London Wall. The unit : 15 Cents. . Special Edition. Offices : 16, Avenue de La Bourdonnais (CHAMP DE MARS), and inside the exposition, at the Official Gazette Pavilion(near the General Directorate of Operations).

The Eiffel Tower

Gustave Eiffel
Monsieur Gustave Eiffel

M. Gustave Eiffel

Il n'est que juste de parler du père avant de parler de l'enfant. C'est un devoir que nous allons remplir tout d'abord en guide consciencieux.
Une énergie indomptable, une volonté opiniâtre, une ténacité de fer forment le fond du caractère de l'éminent ingénieur qui a attaché à la tour de 300 mètres un nom désormais connu dans le monde entier, jusque dans les bourgades reculées; plus et mieux connu sans doute qu'aucun des noms mis en relief par la politique.
A côté de cela, M. Eiffel est un homme bienveillant, doux, avec une certaine timidité dans les relations.
M. Gustave Eiffel a eu de vaillants collaborateurs : Son gendre, M. Adolphe Salles, ingénieur; M. Émile Nouguier et M. Maurice Koechlin, ingénieurs de sa maison, et M. Stephen Sauvestre, architecte.
Porté dés le début par l'opinion publique, M. Eiffel a surmonté les obstacles que rencontrent toujours la réalisation des conceptions grandioses, faites pour exciter l'envie.
A point nommé, le 31 mars 1889, M. Gustave Eiffel a pu planter lui-même le drapeau français sur ce monument incomparable, le plus élevé qui soit jamais sorti de la main des hommes.

The Eiffel Tower
La Tour Eiffel et l'exposition universelle de 1889

Les origines de la Tour

L'idée première remonte à 1875, où les entrepreneurs de l'Exposition de Philadelphie formèrent le projet d'élever une tour de mille pieds; Mais ce projet fut immédiatement abandonné. L'idée fut reprise en 1880. On songeait alors à éclairer les voies publiques au moyen de foyers électriques puissants disposés à une grande hauteur. A Denver, dès pylônes de quatre-vingt-deux mètres supportaient quatre lampes électriques qui éclairaient toute la ville. Vers la fin de 1881, un ingénieur francais, M. Sébillot, Songea à éclairer tout Paris à l'aide d'un foyer unique porté sur une tour de 300 mètres. Sébillot intéressa à son idée M. J. Bourdais, architecte du palais du Trocadéro, et ces hardis novateurs firent ensemble un projet extrêmement étudié, dont l'expose détaillé fut présenté, le 23 janvier 1885, à la Société des ingénieurs civils, et pour lequel un brevet a été pris le 6 mai 1882.

Le projet fut encore abandonné.
Dans les derniers mois de 1888, un ingénieur M. E. Nouguier, étudia, une nouvelle combinaison en s'attachant particulièrement à la résolution des difficultés de construction d'une tour de trois cents Mètres.
Présenté à M. Eiffel, qui s'était déjà signalé par ses constructions de viaducs à grande hauteur, le projet du jeune ingénieur ne lui sourit pas au premier abord et il faillit mème l'écarter complètement. Peu de temps après, M. Eiffel, adoptant cet avant-projet et le faisant sien, chargea M. Kœchlin, ingénieur, et M. Souvestre, architecte, de dresser, d'accord avec M. Nouguier, un projet et un devis définitifs.

Ouverture de la Tour Eiffel

Monographie

Aujourd'hui, 15 mai 1889, six semaines après son arrivée à la hauteur voulue de 300 mètres, la Tour Eiffel ouvre ses escaliers au public, en attendant le fonctionnement des ascenseurs.
A cette occasion le Bulletin officiel se croit dans l'obligation de publier la monographie suivante :

The Eiffel Tower (The 1889 Paris world’s fair)
La Tour Eiffel derrière les palais du Portugal et de l'alimentation
«Les malveillants avaient dit que la Tour Eiffel ne serait pas achevée. Elle a été achevée la première. Ils disaient qu'elle écraserait Paris : Elle ne l'écrase pas; elle l'annonce. Elle sera le grand éclat de l'Exposition. On viendra pour voir cette Tour de 300 mètres, le premier ouvrage des hommes qui se soit élevé si haut.
des artistes s'étaient coalisés pour protester contre elle au nom de l'art. Ignoraient-ils que l'immensité est aussi une beauté? Cette Tour donne, plus que tout autre monument, l'impression de la force. Elle est bien à sa place dans une Exposition, puisqu'elle est le chef d'oeuvre de l'art du constructeur. Elle vient à son heure, à la veille du XXe siècle, pour symboliser l'âge de fer où nous entrons.
Au second étage, et surtout sur la plus haute plateforme, on découvre un paysage tel que les yeux de l'homme n'en ont jamais vu. C'est là haut qu'il fait bon philosopher sur la marche des siècles. La nature et l'histoire se déroulent l'une et l'autre sous leur plus puissant aspect. C'est à cette plaine étendue sous vos pieds que tout le passé vient aboutir. C'est là que l'avenir s'accomplira.»


Nous avons placé cette courte et vibrante appréciation d'un des plus grands penseurs de ce siècle en tête de ce guide. Qu'aurions-nous trouvé de plus précis, de plus saisissant et de plus vrai que ces quelques lignes détachèes d'un article tout récent de M. Jules Simon ?

Chronique de l'ouverture au public

The 1889 Paris world’s fair : The Eiffel Tower
L'administration de la Tour Eiffel a voulu, dans les limites du possible, tenir le engagements qu'elle avait prise envers le public.
Elle a entre'ouvert ses portes, et les premiers visiteurs ont pu gravir l'escalier de la pile Ouest vers onze heures et demie du matin.
Un éléguant chalet, installé au pied de chaque pile, est affecté à la distribution des tickets d'ascension.
L'escalier a été, du bas en haut, remis à neuf. Les marches sont en gros madriers de chêne. Il faut dire que les marches primitives avaient été littéralement usées par le passage des équipes d'ouvriers de la Tour.
La montée du premier étage par l'escalier (318 marches), peut se faire en trois ou quatre minutes avec un peu de vigueur dans les jarrets. En cinq ou six minutes, si l'on monte doucement, à la papa.

Le premier étage

Au premier étage, on est au dernier coup de feu d'installation. Les galeries et les terrasses sont déblayées. J'ai fait mon ascension dés le matin, pour constater l'état des choses avant l'arrive du public. J'ai trouvé les restaurants dans la fièvre de dernière installation.
Les dames-serveuses prenaient leur repas pour être prêtes au moment voulu. De toutes parts on installait les chaises, les tables et les comptoirs. Les fourneaux étaient allumés, déjà l'odeur des cuisines provoquait l'appétit.
The 1889 Paris world’s fair : The Eiffel Tower
Plan du premier étage de la Tour Eiffel
Le Restaurant français, dont une partie était occupée par les appareils destinés à monter les pièces de construction au premier étage, sera le dernier ouvert au public, dans trois ou quatre jours.
Il se compose de deux grands salons, d'un petit salon et de deux cabinets où l'on pourra dîner de 8 à 10 couverts. Le style Louis XV a été choisi pour le Restaurant français et je dois déclarer l'ornementation très réussie. Les terrasses extérieures ont vue sur les jardins de l'Exposition. Le panorama est magnifique.
Le restaurant qui fait face au Trocadéro devait être un restaurant flamand. Il est, et personne ne s'en plaindra, devenu le restaurant d'Alsace-Lorraine, de la compagnie des cafès-restaurants. Il est dirigé par M. Boll. La bière qu'on y consomme provient de la brasserie de la "Croix de Lorraine" à Bar-le-Duc. Sept dames servent, portant le costume alsacien ; sept autres le costume lorrain.
Le restaurant russe, un bijou d'architecture et de décoration moscovite, fait face à Paris. Il se compose d'une grande salle sur la surface de laquelle on prélevé un bar séparé ouvert sur les galeries. Des dames en costume russe servent les consommateurs du bar.
Ce restaurant a été ouvert aujourd'hui au public. Il est exploité par M. Raffestin.
Le restaurant anglo-américain, faisant face à Grenelle, ne forme qu'une salle unique, immense; plus les terrasses extérieures. Sa décoration est si fraîche qu'elle refraîchit les yeux, avant que les consommations ne désaltèrent les excursionnistes. La vue de la terrasse du restaurant anglo-américain s'étend sur Grenelle, sur la Seine et sur le mont Valérien. Il est exploité par MM. Spiers et Pound.
On commençait l'installation des boutiques et kiosques destinés à la vente des tickets, des guides et des photographies. Ils sont très élégants.

Le second étage

The 1889 Paris world’s fair : The Eiffel Tower
Plan du second étage de la Tour Eiffel
J'ai rencontré là un Algérien très connu, Tunisien d'adoption, Ali, un Arabe au courant de la littérature française, comme vous et moi. Mon confrère Bonnetain, du Figaro, faisait les honneurs de la Tour à ce premier visiteur du 15 mai.
Avec eux, j'ai gravi l'escalier tournant qui mène au second étage et nous avons été tout droit à l'imprimerie du Figaro. Cette imprimerie mignonne est fort bien installée. Une charmante petite presse rotative commençait à rouler et le Figaro de la Tour voyait le jour pour la première fois à 115 mètres au-dessus du niveau du Champ de Mars.
Mes confrères étaient à leur poste. Périvier commandait la manoeuvre; Bonnetain tenant la barre de la "chronique"; Beer et de Castelane à leur place de bataille. Tout autour d'eux, une équipe complète, vaillante et assidue : metteur en pages, compositeurs, etc.
Le Figaro de la Tour et le Bulletin Officiel sont les deux seuls journaux faits à l'exposition.
Au Figaro, le royaume des cieux !
Au Bulletin, cette terre d'ou j'écris ces lignes.
S'il m'arrivait de commettre quelqu'une de ces sottises capables de compromettre ma place au paradis, je prierais Périvier, Bonnetain, Berr et de Castellane d'intercéder pour moi : étant placés plus près du ciel que moi.

La tour en détails

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Et d'abord faisons la connaissance de la gigantesque Tour, sortie du cerveau d'un ingénieur déjà célèbre par ses travaux considérables qui ont donné à ce dernier quart de siècle son caractère d'audace et de grandeur, qui ne recule devant aucun obstacle. Le Pont de Garabit et les projets d'écluses de Panama avaient déjà placé M. Gustave Eiffel en ligne avec les plus grands ingénieurs du monde, lorsqu'il a conçu la Tour de 300 mètres.
Cette Tour merveilleuse est aussi une pile de viaduc exposée au Champ de Mars. Sous ce rapport, elle a été le point de départ de toute une révolution dans l'art des constructions destinées à franchir des vallées et des ravins de grande profondeur, jusqu'alors réputés infranchissables. C'est à peine si l'on avait jusqu'alors osé concevoir des piles de viaduc de plus de 120 à 130 mètres d'élévation.
M. Eiffel a démontré qu'on pouvait la porter à 300 mètres. Désormais, les lignes de chemin de fer ne feront plus d'énormes détours pour contourner des vallées de 200 à 300 mètres de profondeur, et les voyages seront abrégés.

Les fondations

The 1889 Paris world’s fair : The Eiffel Tower
Sous la Tour Eiffel : les guichets d'entrée des ascenseurs
La Tour de 300 mètres, qui a rendu le nom de M. Eiffel populaire dans le monde entier, ne pèse pas moins de 7.300.000 kilogrammes et elle a étonné les Parisiens par la marche si rapide, si régulière et si scientifique de sa construction, le plus colossal spécimen de l'art de l'ingénieur qui soit au monde.
Le Champ de Mars appartient en partie à l'Etat et en partie à la ville de Paris. C'est sur le terrain de la Ville que la concession a été donnée à M. Eiffel pour une durée de vingt années; l'emplacement occupé par la Tour est milieu du parc crée en 1878, complété en 1889.
La Tour est placée dans l'axe du Champ de Mars, et, comme celui-ci est incliné à 45° sur la méridienne, il en résulte que les quatres piles de la Tour se trouvent très exactement aux quatre points cardinaux. Les deux piles en avant, vers la Seine, sont Nord et Ouest, celles en arrière sont Est et Sud. Les piles ont donc reçu les noms des points cardinaux.
Les fondations des deux piles en arrière sont établies sur un massif de béton de 2 mètres qui repose sur une couche de plus de 5 mètres de gravier et de sable. Les fondations des piles en avant, vers la Seine, sont établies à l'aide de caissons de tôle de 15 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur, au nombre de quatre pour chaque pile enfoncés jusqu'à 5 mètres au-dessous du niveau de la Seine. Les fondations sont parfaites.
Chacune des quatres arêtes en fer de chaque pile transmet obliquement sa part de pression de la masse supportée, qui s'élève, à son entrée dans la maçonnerie, à 565 tonnes sans la pression complémentaire qui peut être ajoutée par le vent et 875 tonnes avec le vent réparties sur 90 mètres carrès dans les piles 2 et 3, ce qui donne une charge de 3 kilos 7 par centimètre carré. Et, comme la profondeur est moins grande dans les piles 1 et 2, à cause des caissons de fondation, la charge n'est, de ce côté que de 3 kilos 3 par centimètre.
La fontaine de Saint-Vidal

On se décide enfin à terminer l'aménagement de la fontaine de M. de Saint-Vidai, placée sous la tour Eiffel.
Les zingueurs achèvent de revétir les vasques situées entre les statues assises, de larges plaques de zinc : les jets d'eau placés dans le massif central vont pouvoir fonctionner et l'effet en sera alors très beau.

Bulletin Officiel numéro 82 de l'exposition de 1889 du lundi 5 Août 1889.
Par excès de sécurité, on a, au centre de tous les massifs faisant suite aux 16 arêtes des quatre piles, noyé dans la maçonnerie d'énormes boulons, de 7 mètres 80 de longueur, qui intéressent les massifs de maçonnerie par des sabots en fonte et des fers à T.
Les assises en pierre de taille de Château-Landon sont capables de résister à un écrasement de 1.235 kilogrammes par centimètre carré. Et la pression sous les sabots de fonte qui supportent les arêtes de la Tour n'est que de 30 kilogrammes par centimètre carré. La pierre des assises ne travaille donc qu'au quarantième de sa puissance de résistance.
Il n'y a donc aucun doute à concevoir sur la solidité des fondations. Les fondations proprement dites sont noyées dans un remblai arrasé au niveau du sol. La base massive qui apparaît sous forme de rocaille et de soubassement n'est qu'un habillage. La rocaille est composée par des massifs de maçonnerie pittoresquement arrangés, entre lesquels poussent des fleurs et des arbustes. Si bien que chaque pile à l'air d'être placée sur un énorme rocher émergeant du sol. Le soubassement décoratif, vertical d'habord, puis suivant l'inclinaison de la pile, est constitué par des dalles en béton Coignet, égayées par un semis de dessins en creux.
Puisque nous en sommes encore aux fondations, nous devons dire que celles de la pile n°3(Sud) sont à l'état de cave destinée au logement des machines et leurs générateurs. Cette chambre des machines correspond par un canal à une tourelle qui s'élève derrière le Palais du Brésil, de l'autre côté du lac. Cette tourelle pittoresque est la cheminée de la chambre des machines de la pile n°3.
Les fondations, attaquées le 28 janvier 1887, terminées le 30 juin de la même année, ont occasionné 31.000 mètres cubes de fouilles et absorbé 12.000 mètres cubes de maçonnerie.

La partie métallique

The Eiffel Tower (The 1889 Paris world’s fair)
Le premier étage de la Tour Eiffel, pilier Ouest
Chaque pile est formée par quatre montants, composés de tronçons dont le poids a varié de 2.500 à 3.000 kilogrammes. Ces montants sont de vrais caissons dans lesquels un homme peut se tenir. Ces caissons sont reliés ente eux par des treillis et des entretoises qui forment les remarquables et inextricables dentelles de fer qui font l'admiration de tous dans cet édifice si grand, si colossal et si léger à la fois.
La construction métallique de la Tour Eiffel a été une merveille de précision. Elle a été le dernier mot de l'art de l'ingénieur. Plus de chantiers à pied d'oeuvre, les pièces arrivaient sur place sans avoir besoin de retouches. C'est ainsi que des millions de trous de rivets et de boulons ont été percés dans les ateliers de Levallois et que ses petits chantiers mobiles qui s'élevaient avec l'édifice ont pu forger, river et boulonner des pièces au fur et à mesure de leur arrivée en place au moyen de grues également mobiles et ascensionnelles. Une telle précision a été l'objet de l'admiration de tous les hommes compétents.
L'électricité atmosphérique reçue par cette masse de fer s'écoule dans le sol, dans chaque pile, par deux tuyaux de conduite de 50 centimètres de diamètre, immergés jusqu'à 18 mètres au-dessous du niveau de la nappe aquifère.
La première partie de la Tour Eiffel se compose donc de quatre piles inclinées, réunies, à la hauteur de 55 mètres, par des poutres de 7 mètres 50 qui ont formé de cette basse colossale la masse rigide et fixe sur laquelle s'élève la Tour proprement dite. L'espace occupé par les quatres piles est de plus d'un hectare, puisque de l'axe d'une des piles (à sa base) à l'axe d'une autre pile il y a 100 mètres.
Cette première partie du monument, mal jugé par des gens qui n'ont pas la patience d'attendre la fin des choses pour apprécier, est et restera un monument à la fois grandiose et éléguant, artistique aussi depuis qu'il a reçu tous ses ornements.
Ces quatres arcs immenses ne sont-ils pas des cadres merveilleux qui encadrent les magnifiques édifices sans nuire à leurs proportions, pas plus qu'un cadre énorme, relativement, ne nuit à tel détail d'un tableau. Tout au contraire, ces encadrements font valoir. Ils sont gigantesques comme les sujets encadrés et voilà tout.

La galerie du premier étage

The Eiffel Tower (The 1889 Paris world’s fair)
Le premier étage de la Tour Eiffel, pilier Ouest
Au-dessous de la poutre qui a fermé les grands arcs, se trouve l'encorbellement qui soutient les galeries du premier étage. Entre les consoles se trouve une frise sur laquelle sont inscrits en lettres d'or, parfaitement visibles d'en bas, les noms des hommes qui ont honoré la science française.
Au dessus, tout autour, la galerie ou promenoir se présente entièrement comme une succession de loggias à arcatures gracieuses, nouées à leurs bases par de superbes écussons en bronze. Les timpans de ces arcades sont en treillis disposés en éventail dont les lignes partent d'une légère colonnette. Les entre-deux verticaux qui séparent les loggias sont à jour, avec des cabochons en cristal de couleur dorée. Derrière chaque cabochon, un bec de gaz. Si bien que ce seront autant de colonnes étincelantes les jours d'illumination. Comme ces jours-là les lignes de feu suivront les grandes lignes du monument, on se rendra compte de la valeur artistique de cette conception cyclopéenne.

Le second étage et les ascenseurs

On aura donc les ascenseurs et les escaliers pour monter jusqu'au second étage,et un ascenseur seulement pour monter du second étage au sommet. Parlons des escaliers d'abord. Dans les piles no 2 (est) et n° 4 (ouest) sont disposés des escaliers à solides marches en chêne renouvelées à la veille de l'ouverture de l'Exposition, larges de 1 mètre. Il y a 318 marches pour arriver au premier étage. On monte par celui de la pile no 4 : celui de pile no 2 est affecté à la descente des piétons. Ces escaliers sont très doux, coupés par de nombreux paliers.
L'ascension n'y est nullement fatigante. 2,000 personnes peuvent prendre cette voie, par heure, sans qu'il y ait encombrement. Entre le premier et le second étage, deux escaliers sur quatre sont affectés au public, l'un pour la montée, l'autre pour la descente. Ce sont également ceux des piles nord et sud. Ces escaliers sont hélicoïdaux, de 0m60 de largeur.
M. Edison à la Tour Eiffel

Au moment où nous mettons sous presse, nous apprenons que M. Edison se trouve dans le salon de l'appartement de M. Eiffel, au-dessus de la troisième plate-forme.
En l'absence du constructeur de la Tour, c'est M. Sales, ingénieur, gendre de M. Eiffel, qui fait les honneurs de la Tour de 300 mètres au célèbre électricien du Nouveau-Monde.
M. Edison a été reçu à son arrivée par MM. Thomas, administrateur-délégué, et Ansaloni, directeur de l'Exploitation. Un concert a été organisé en son honneur dans l'appartement de M. Eiffel, au sommet de la Tour.
Ce concert sera recueilli par les appareils phonographiques d'Edison et sera ensuite envoyé à New-York, où il sera reproduit phonographiquement.
C'est M. Lion de la maison Pleyel qui assiste M. Edison dans ses opérations de réception musicale et phonographique.
Ces appareils sont perfectionnés à ce point, paraît-il, que la reproduction peut en être faite près de 22.000 fois. Pendant que M. Edison se trouve sur la Tour on y voit monter quarante Indiens de la troupe de Buffalo Bill, conduits par un de leurs chefs.

Bulletin Officiel numéro 91 de l'exposition de 1889 du mercredi 14 Août 1889.
Ici encore 2,000 personnes pourront monter et descendre par heure. Du deuxième étage au sommet, il y a bien encore un escalier hélicoïdal tournant autour de l'axe même de la Tour; mais c'est un escalier de service qui n'est pas mis à la disposition du public.
Il y aura, de la base au sommet, trois sortes d'ascenseurs.
The Eiffel Tower (The 1889 Paris world’s fair)
Tour Eiffel : l'ascenseur Otis
Du sol au premier étage le système Roux, Combaluzier et Lepape. Ce système devant suivre une ligne inclinée à courbure variable, on a dû articuler le piston, à la façon d'une chaîne de drague sans fin, portée par une poulie au premier étage. La cabine fixée sur l'un des brins de la chaine est donc constamment portée par un piston qui la pousse; et, de plus, comme le poids mort se trouve constamment équilibré, aucune chute n'est possible.
Il y a quatre ascenseurs pour arriver au premier étage, dont deux au service du public. Du premier au second étage, on a eu recours au système américain d'Otis, avec un piston hydraulique actionnant un moufle énorme dont le garant passe sur des poulies de renvoi placées de distance en distance jusqu'au-dessus du second étage et redescend s'accrocher à la cabine.
Il en résulte que pour un déplacement de 1 mètre du piston du cylindre de 11 mètres placé dans le pied de la Tour, la cabine monte ou descend de 12 mètres.
Le contrepoids se déplace en roulant sous le chemin des ascenseurs. Les câbles qui supportent la cabine sont au nombre de six, dont deux sont reliés en contrepoids et quatre appartiennent au système des poulies moulées. Ils sont en fil d'acier. Un seul de ces câbles suffirait pour porter, sans se rompre, cabine et voyageurs. On y a, par surcroît, ajouté un frein de sûreté. Le contrepoids étant également muni d'un appareil de sûreté, sa chute est impossible.
La cabine, du système Otis, ne contient que 50 voyageurs au lieu de 100; mais sa vitesse étant double de celle des autres systèmes, son rendement par heure sera le même.

The Eiffel Tower (The 1889 Paris world’s fair)
Galerie du pourtour du deuxième étage de la Tour Eiffel
Au second étage à la plate-forme supérieure, au-dessous du campanile, l'ascenseur est du système Edoux. Il s'agit ici de fournir une course de 160 mètres, telle que n'en a encore fourni aucun ascenseur. Le plus puissant a été installé, en 1878, dans l'une des tours du Trocadéro, où il fonctionne encore. Sa course est de 63 mètres, et c'est également M. Léon Edoux qui l'a construit. La course de 160 mètres est coupée en deux par une plate-forme intermédiaire qui est le vrai point de départ de l'ascenseur Edoux, hydraulique et vertical, plongeur comme ceux du Trocadéro et des maisons de Paris, Comme dans ceux-ci, une cabine est disposée à l'extrémité d'un piston, qui effectuera le transport du plancher intermédiaire au sommet, soit 80 mètres.
Nous avons dit que le plancher intermédiaire était le point de départ des deux cabines. Lorsque la cabine supérieure monte, la cabine à course inférieure, qui lui sert de contrepoids, descend tout naturellement. Il s'ensuit que pour pàrcourir le trajet de 160 mètres, il y a une station au plancher intermédiaire, comme dans un chemin de fer. Chaque cabine parcourant la moitié de sa course, il y a échange de voyageurs sur le plancher intermédiaire, sans le moindre encombrement, les « montants » passant par une autre porte que les « descendants », sans perte de temps non plus. Il faut 1 minute 1/2 pour arriver au plancher intermédiaire, 1 minute pour le passage d'une cabine à l'autre, et 1 minute 1/2 pour la course supérieure. Elle est reliée par des câbles à une seconde cabine qui forme contrepoids, qui voyage entre le deuxième étage et le plancher intermédiaire, soit 80 mètres en sens contraire. Total pour les deux, 160 mètres. De la partie supérieure de la première cabine et des deux extrémités du palonnier, partent quatre câbles qui, passant sur des poulies placées au sommet de la Tour, soutiennent la deuxième cabine. Deux des câbles s'attachent sur un palonnier au milieu duquel est suspendu cette cabine, les deux autres câbles sont fixés au corps de la cabine même. Ces cabines ont 14 mètres carrés et peuvent contenir 63 personnes environ et élèvent environ 750 personnes à l'heure.
Les gaziers téméraires

Un de nos confrères fait à M. Eiffel une prière à laquelle nous nous empressons de nous joindre. C'est d'interdire à ses gaziers les exercices dangereux auxquels ceux-ci se livrent chaque soir au-dessous de la première plate-forme, à l'heure de l'allumage des rampes à gaz,Au lieu de circuler sur les promenoirs, comme tout le monde, et d'allumer leurs rampes avec une perche d'une forme particulière, ces braves gens, d'une témérité vraiment folle, circulent en dehors du promenoir sur une corniche de quelques centimètres, à pic sur les profondeurs du vide. Et comme cette acrobatie terrifiante fait pousser des petits cris aux dames qui circulent dans la Tour, les gaziers fiers d'eux-mêmes s'arrêtent... et allument une cigarette au-dessus de l'abîme où le moindre faux mouvement peut les précipiter.

Bulletin Officiel numéro 16 de l'exposition de 1889 du mercredi 29 Mai 1889.
Total, 4 minutes, du second à la plate-forme supérieure. Un réservoir de 20.000 litres d'eau est placé au sommet de la Tour pour le service de l'ascenseur Edoux. Enfin un frein de sûreté (dispositif Backmann) permet de répondre absolument de tout accident et d'affirmer que, même dans les cas de rupture d'un organe important de l'ascenseur, les visiteurs portés par la cabine n'auraient à redouter aucune chute.
La durée de l'ascension totale, du pied au sommet, au moyen des ascenseurs est de 7 minutes.
The Eiffel Tower (The 1889 Paris world’s fair)
Coupe de la partie supérieure de la Tour Eiffel
L'ensemble des ascenseurs est servi par un moteur de 400 chevaux installé dans les fondations de la pile n°3. Il permet d'élever, par heure, 2.350 personnes au premier et au deuxième étage, et 750 au sommet.
Avec les escaliers, l'on peut dire que chaque heure 5.000 personnes pourront visiter la Tour Eiffel.
Le séjour dans la Tour est facultatif. Vous imaginez-vous le nombre de personnes que peut contenir la Tour, lorsqu'elle aura reçu son maximum de visiteurs?
Non, n'est-ce pas ?
Eh bien faites le calcul.
Chacun des restaurants du premier étage, 400, soit pour les quatre 1.600
1,000 environ pourront se mouvoir sur chacune des quatre galeries extérieures. 4.000
Entre les restaurants, il y aura des galeries intérieures pouvant contenir ensemble. 400
Total pour le premier étage. 6.000
On pourra être 1,500 au second étage et 500 au sommet, ensemble. 2.000
Les personnes en voie d'ascension, plus les gens de service peuvent s'évaluer à 2.000
Et vous aurez, lorsque la Tour sera saturée de visiteurs, un total d'environ 10.000

Dix milles personnes dans cette résille en fer; quelle cage à mouches! Quel bourdonnement! Quel vie! Une ville dans un tube. Le mouvement perpétuel. Et dire que des jours de cohue, le dimanche par exemple, cela pourra durer de 10 heures du matin à 11 heures du soir.

Les dates clés de la Tour Eiffel
Début de la construction 28 janvier 1887
Inauguration et fête de fin de chantier 31 mars 1889
Ouverture au public 15 mai 1889

C. L.
Bulletin Officiel n°4 de l'exposition de 1889 du Vendredi 17 Mai 1889.

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